
Ton rêve de France (épisode 11) – Quand tu pars pour Caen
Tu te réveilles en sursaut parcouru de sueurs froides. Les flammes de Notre Dame semblent dévorer ton_âme et ton sommeil.
5h30. Ton train part dans_un peu plus de 3_heures mais tu sais déjà que tu ne réussiras pas à te rendormir jusqu’au réveil. Debout ! Tant pis, peut-être pourras-tu profiter des lueurs rosées de l’aube naissante sur la ville-lumière ?
Une fois de plus, tu refais dans ta tête l’itinéraire de la journée.
Tout_à l’air carré. Millimétré. Le plan parfait. Et après avoir minutieusement fait ta valise, l’heure de le mettre à exécution sonne enfin. Tu saisis la poignée et sors. Direction : Caen, Normandie.
⌚ 7h30
Mais en sortant de l’ascenseur, une voix te parvient depuis la réception :
« Non, il ne répond pas. Il doit être occupé, ou en train de descendre. »
Ton_intuition te fait jeter un coup d’œil discret. Là, face à toi, ou plutôt dos à toi, deux policiers en_uniforme sont_en train de parler avec Kaïs, qui, après avoir reposé le combiné, entre dans le bureau à sa gauche pour regarder, tu le sais, les caméras de sécurité. La terreur te saisit et tu te réfugies dans la salle du petit-déjeuner. Tu y cherches alors la caméra et commences à faire des grands gestes suppliant Kaïs de ne pas te livrer et espérant de toutes tes forces qu’il comprendra ton cinéma muet.
« Non, je ne le vois pas sur les caméras, entends-tu au loin. C’est peut-être le téléphone de sa chambre qui ne fonctionne pas ? Vous pourriez monter directement à sa chambre et frapper à la porte ? »
Des bruits de pas résonnent dans le hall, accompagnés de voix masculines indistinctes qui ne sont_interrompues que par la porte de l’ascenseur qui se ferme. C’est ton_ouverture.
⌚ 7h35
Valise en main, tu fonces vers la réception où Kaïs, sans poser aucune question mais esquissant un sourire, fait ton check-out éclair et t’indique le taxi dehors en te souhaitant un :
Bon voyage Monsieur !
Sans réfléchir, tu le remercies et t’engouffres dans le taxi garé juste à côté de la voiture de police.
Gare Saint Lazare, s’il-vous-plaît.
Tu baisses la tête en_apercevant les 2 policiers de nouveau à la réception alors que le taxi démarre. Tu peux respirer. La tranquillité te tend les bras.
⌚ 7h55
Le taxi te jette littéralement devant la gare, certainement afin d’honorer la réputation légendaire de gentillesse du service parisien. Ta valise dans la main, tu regardes quelques_instants l’immense bâtisse ressemblant…au musée d’Orsay évidemment !
Tu te diriges vers l’étrange entrée en forme de limace (?) et ton regard est_attiré vers les 2 sculptures non moins_étranges à ta droite et à ta gauche.


Des valises et des_horloges, le temps et les voyages, le voyage dans le temps ? Si seulement tu pouvais, tu reviendrais quelques jours plus tôt afin de t’assurer de bien descendre la tour avec le groupe.
Mais est-ce seulement possible ?

⌚ 8h00
Sur le grand panneau sur lequel dansent les lettres et les numéros, les_heures et les villes, tu repères rapidement ton train et ton quai: Caen – 3303 – voie 4.
Surtout ne pas oublier de composter !, te répètes-tu inlassablement les mots de ton prof, ça peut coûter cher!
Mais où sont les machines pour composter ! Aucune en vue. Tu tournes sur toi-même, ton billet à la main. C’est_alors que tu croises le regard d’une personne qui le détourne brusquement. Bizarre.
Bon. Tu en trouveras bien une sur le chemin vers le quai. Tes_yeux cherchent en vain l’objet providentiel et, au moment où tu te décides à demander à un_agent, une main se pose sur ton_épaule.
Je peux vous_aider ?
Choqué, tu te retournes et te retrouves face à une femme qui te fait un grand sourire amical.
Euh…peut–être. Je cherche une machine pour composter mon billet.
Elles sont à l’entrée du quai, dit-elle en regardant ton billet. Je vais aussi dans cette direction. Allons–y ensemble !
D’accord, réponds-tu timidement.
La jeune femme, très jolie, les cheveux châtains, longs, les_yeux marron, porte un tailleur gris bien coupé, une chemise blanche et des_escarpins anthracites, sobres mais élégants. Tu n’as pas le temps de la détailler plus qu’elle te prend le bras et t’invite à avancer.
Vous_allez aussi à Caen ? C’est une très jolie ville, dit–elle enjouée.
Oui ? C’est ce qu’on m’a dit. C’est ma première fois en France.
Ah oui ? Vous venez d’où ?
Et la conversation s’engage. Elle semble très_intéressée par toi. Elle pose beaucoup de questions personnelles auxquelles tu réponds volontiers. Sa compagnie est charmante et plaisante.
Vous passez ensemble les portiques de compostage et vous vous retrouvez sur le quai.
⌚ 8h10
Le train pour Caen est là mais ses portes sont fermées. Arrivés devant ton wagon, elle s’arrête et sort son portable pour envoyer un message.
Pardon, te dit–elle en le remettant dans son sac. Et vous_avez aimé Paris ?
Beaucoup !
Vous_avez visité quoi ?
Les Champs–Elysées, les_Invalides, les musées Rodin et d’Orsay, Notre Dame, Versailles.
Notre Dame ? Avant l’incendie donc ?
Oui, le jour-même en fait.
Le jour-même ? Waouh ! Ça devait être impressionnant !
Ça l’était en_effet, dis-tu avec une pointe de sarcasme que toi seul peux percevoir.
Qu’est-ce que vous_avez vu ?
Moi ? Rien du tout !, réponds-tu automatiquement comme si tu étais face à un juge.
Désolée, je ne voulais pas vous_offenser. Je suis juste curieuse.
…
⌚ 8h20
Les portes s’ouvrent finalement. Tu remercies chaleureusement la jeune femme pour son_aide et sa compagnie, et montes dans le train. Après avoir trouvé ta place et rangé ta valise, tu t’assieds près de la fenêtre. La jeune femme est toujours sur le quai, elle parle au téléphone.
Elle ne va pas monter dans le train ou quoi ?
Mesdames_et Messieurs, le train intercités numéro 3303, à destination de Caen va partir. Prenez garde à la fermeture automatique des portes. Attention au départ.
Pas de réaction. Mais pas seulement. Plusieurs choses te frappent maintenant. Elle n’a pas de bagages, pas même un sac à dos. Elle n’a pas semblé chercher son wagon. Elle…elle…n’a pas de prénom ? Elle t’a tellement posé de questions sur toi que tu ne lui en_as posé aucune. Tu ne connais rien d’elle ! Mais elle a habilement obtenu beaucoup d’informations sur toi.
Tu frappes à la fenêtre pour attirer son_attention. Lentement elle raccroche son téléphone et pose un doigt sur ses lèvres comme pour te recommander le silence. Déjà vu. Puis, avec un grand sourire, elle te fait un signe d’au revoir et tu peux lire sur ses lèvres : « Bon voyage ».
Puis elle se retourne et s’éloigne alors que le train quitte le quai, t’emportant vers Caen, plus_inquiet que jamais.
⌚ 8h39
Merci beaucoup d’avoir lu cet épisode 11 de « Ton rêve de France ». J’espère que tu l’as aimé. N’oublie pas que tu peux toujours t’inscrire pour suivre le MOOC sur Versailles avec moi !
En bonus : une activité sur un sketch mythique de Raymond Devos sur ma chère ville natale de Caen.
N’hésite pas également à laisser un commentaire pour nous partager ton avis sur cet épisode.
A bientôt pour la suite.
Et continue de rêver !
Prof Chopin


